A propos de quelques livres...

LE JOUEUR DE FLUTE 

 J'étais très petit quand Samivel m'avait révélé cette histoire. Par la suite je découvris la version de Mérimée, puis celle de Jacques Demy et certains textes anciens. Pour contourner tout cela, et surtout Samivel, je pensais qu'un regard un peu distancié ou sociologique ferait l'affaire (c'était à la mode!) mais une suite de méchants hasards m'ont privé de l'auteur que je voulais, François Ruy-Vidal, dont le "Petit Poucet" venait de sortir chez Harlin-Quist. Kurt Baumann a donc écrit le texte, mais écrire à partir d'images ne doit pas être aussi facile. Kurt, heureusement, a fait beaucoup d'autres choses, très bonnes.

C'était mon premier livre, introuvable maintenant.

 

JEREMIE PEUR DE RIEN 

Pas de printemps pour les ogres!
Il y a bien longtemps que les ogres, les monstres et autres extra-terrestres ont cessé de faire peur du moins lorsqu'ils surgissent dans les pages d'un livre.
Au mieux font-ils naître un petit frisson lorsqu'ils apparaissent à l'écran, encore faut-il que l'angle de vue et l'éclairage leur soient favorables.
Dans cette histoire de Anne-Marie Chapouton, craignant la nullité de l'effet, j'avais voulu l'ogre en "monsieur-tout-le-monde" s'apprêtant à faire de ce petit dur-à-cuire de Jérémie un vulgaire chiche kébab... L'éditeur m'a prié de me conformer aux usages : un ogre porte fraise et culotte bouffante pour ne pas risquer de ressembler à un papa ordinaire. Pour une tout autre raison l'extra terrestre s'est fait confisquer son laser sophistiqué, le port d'armes enfantines étant prohibé dans les pays nordiques et...aux U.S.A !

 RIQUET A LA HOUPPE

"Dans un objet où la nature
Aura mis de beaux traits et la vive peinture
D'un teint où jamais l'art ne saurait arriver,
Tous ces dons pourront moins pour rendre un coeur sensible
Qu'un seul agrément invisible
Que l'amour y fera trouver."

Est-il chose plus fine et mieux dite ? Ce conte de Perrault est pour moi le diamant le plus pur. Ma grand-mère se l'était entendu lire chaque soir, elle en fit autant avec sa fille qui me le rendit bien.
A vrai dire je n'étais pas sûr d'être ce pauvre Riquet tant la lecture qu'on m'avait fait de ce conte était féminine mais je n'étais pas non plus pour autant la princesse qui était décidément trop bête en dépit d'une lucidité troublante... j'étais en fait le cuisinier-chef ou plutôt l'un des marmitons à toque de Davy Crockett !

 

LITTLE LOU

Après sept ou huit refus d'éditeurs anglais ou américains, prétextant que mes personnages caricaturaux pouvaient offenser la communauté noire, j'avais rangé Lou dans un carton et l'avais oublié. Du reste Memphis Slim était mort et Rob Bauman avait quitté le Center for Southern Folklore, à Memphis. Alors à quoi bon...
Et puis quatre ans plus tard, sans y croire vraiment, j'ai raconté l'histoire à Tom et George Peterson de Creative Education (maintenant The Creative Company) dont j'aimais passionnément les livres (ce n'est que plus tard que j'ai su que Rita Marshall et Etienne Delessert en assuraient la direction artistique). Avec Pierre Marchand de Gallimard ils ont pris le risque...

Textes et illustrations © Jean Claverie

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