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PEAU D’ÂNE

Jean Claverie

Albin Michel 2012

 

Peau d’Âne avec le vrai texte de Perrault ! Celui en vers, intégral, mais dont les passages plus difficiles pour des petits sont distincts de l’ensemble de ce texte à l’actualité étonnante.

 

Le 5 décembre 12, j’ai reçu ce texte de Jean Perrot. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce grand prof, spécialiste de littérature comparée:

Cher Jean, Je crois que j’ai répondu trop vite à l’amitié que tu me fais et je devais laisser flotter un peu mon imagination. Voici donc mes premières réactions complétées. Toujours un éblouissement premier devant la Belle ! « Cette Nymphe admirable! » , dit le texte. J’y retrouve des beautés et des mimiques de Michelle, telle qu’elles apparaissaient dans La Barbe bleue ou L’Art des bises… Et, dans le visage du jeune prince du couple final, je sens une affirmation de ta propre jeunesse (celle d’un artiste égal à lui-même) avec tout le sourire d’un humour finement distillé…
Il fallait cette élégance pour faire apprécier un texte de Perrault que j’avais jusqu’ici lu conventionnellement, qui ne m’avait pas emballé, mais qui se pare maintenant d’un prodigieux relief et d’une truculence que tu déplaces sur les visages des personnages.
Tu dois cette mise en valeur à ton coup de crayon sans faiblesse, au rythme imprimé à tes images et à la mise en page fort réussie. Tu joues ainsi parfaitement avec le motif de la robe – Robe de Lune ou de Soleil- sans oublier cet arc-en-ciel qui se déploie sur le ciel bleu de la dernière: j’y vois le rappel d’une certaine apothéose dans La Princesse sur une noix. Baroque et amour dans la société de cour obligent ! Mais tu sais bien qu’une part de l’histoire se déroule dans « une bassecour au fond d’une allée effroyable ». Ce sont les bas-fonds du Grand Siècle que tu explores et la situation tragique du peuple que censurait Fénelon dans un lettre qui lui valut l’exil.
Tu nous as donc épargné la Nacre et le Corail, mais les petites résurgences du japonisme se croisent pourtant avec le rappel de tes maîtres (Vermeer, entre autres) et je suspecte un clin d’oeil à Georges Lemoine dans l’image hivernale que tu ajoutes à la métairie (la petite fille aux allumettes n’est-elle pas alors la soeur de Peau d’Ane? et les corbeaux sur la neige et le ciel noir ne sont-ils pas parents de ceux d’Andersen?) Images de notre société en crise?
Finalement tu t’es bien tiré d’affaire dans le traitement de la scène de la cassette voyageant sous terre. Tu hésitais sur la solution à donner pour conférer un tour dramatique au décor: et, en effet, l’atmosphère est sinistre à souhait dans le grouillement des arbres de la forêt: La Belle fait la bête avec sa peau, et pourrait rencontrer le loup ou le Bucheron, mais la pétrification la guette dans le paysage, comme dans Le Tunnel d’Anthony Browne. Une menace qui pèse aussi dans la grisaille des tonalités. Ce qui domine dans l’ensemble, toutefois, c’est la clarté de la vision et la finesse habituelle de ton trait. Pureté du baiser final qui est comme un arrachement à cet âne qui semblait vouloir dévorer les amants ! Triomphe de la robe blanche dont le reflet dessine la trouée en perspective et l’ouverture d’un cercle sur le parquet royal, alors que dans les cintres au-dessus, une belle effarouchée semble fuir un faune jouant de la flûte de Pan dans la forêt. Fantasme qui est une résurgence du passé…
La fillette dans les bras du Mousquetaire dont elle tire la barbe et la moustache au début témoigne bien finalement de la permanence d’une énergie et d’une impertinence qui ne faiblissent pas. Quant au vieux Perrault, son air prend des douceurs qu’il n’avait pas dans tes anciens dessins, même si la misère des « pauvres gens » paraît ici plus cruelle, celle des misérables à la Hugo….
Je ne doute pas de la réception exceptionnelle que ton livre va connaître. J’espère aussi avoir assez de forces pour reprendre un certain nombre de notes et rédiger un texte plus complet sur ton parcours…

 

Prix: 12
Disponibilité: Librairie (commande), ou sur le site d’Albin Michel